A l’aube de l’indépendance, Tawhida Ben Cheikh fait son entrée dans le milieu hospitalier public. En 1955, elle prend la direction du service de maternité de l’hôpital Charles-Nicolle à Tunis. En 1959, elle devient également la première femme à siéger au Conseil nationale de l’ordre des médecins de Tunisie.
Devenue gynécologue, elle est très impliquée dans le programme de planification familiale et la politique de contrôle des naissances nationales. Elle crée un service dédié, en 1963, à l’hôpital Charles-Nicolle. L’année suivante, elle rejoint l’hôpital Aziza Othamna où elle dirige, là encore, le service de maternité. Parallèlement à cette activité, elle ouvre à Tunis, en 1968, la clinique Montfleury dédiée au contrôle des naissances. C’est la première sur le continent africain. En 1970, elle devient directrice du planning familial de Tunisie et se bat pour l’accès à la contraception et pour le droit à l’avortement, légalisé en 1973.
Tawhida Ben Cheikh prend sa retraite en 1977 et se consacre à sa famille. Elle meurt en 2010 à l’âge de 101 ans. Comme de nombreuses femmes, elle a reçu peu de reconnaissance de son vivant. En 2014, l’association portant son nom se désolait que ni l’Etat, ni les facultés de médecine tunisiennes n’aient songé à donner son patronyme à un bâtiment.
Mais en mars 2020, la Banque Centrale de Tunisie décide enfin d’honorer Tawhida Ben Cheikh en mettant en circulation un billet à son effigie. En pleine crise du coronavirus, le symbole est fort, rendant hommage à la femme des premières fois et à l’ensemble d’une profession à laquelle elle à ouvert la voie.
Les infréquentables : Tawhida Ben Cheikh, par Juliette Loiseau. First Editions - Causette 2020