Elle chipait les sous, les bourses et les cœurs : le bel Henry tomba en pâmoison devant elle. Son preux chevalier, qui la suivit jusqu’à la mort, fut le premier de sa bande. Car gîtant dans des granges, des auberges ou dans les champs, la troupe s’agrandira avec les années : un grand blond, un bossu, un bègue, un borgne hirsute la rejoignirent.
Tous s’attribuaient des sobriquets de pirates tels que « le Renard », « la Gargouille », « le Corbeau ». Ces malfrats formaient un cirque hétéroclite qui surgissait des fourrés pour détrousser voyageurs, riches paysans et marchands. La belle faisait obéir ses hommes au doigt et à l’œil et menait grand train, car la troupe amassait une fortune. On parle encore du trésor de Marion. La satanée coquette offrait des coups à boire par-ci, par-là, multipliait les amants, n’allait pas à l’église, frappait, crachait, menaçait.
Pourquoi devint-elle une héroïne dans le cœur des gens ? Parce qu’elle avait pris son pouvoir de force.
Dans un royaume au bord de la révolte générale, une fille de pauvre extraction avait réussi à renverser l’ordre des choses, sans jamais faire couler le sang. De plus, elle avait l’habitude de faire du porte-à-porte et de reverser aux démunis ce qu’elle extorquait aux plus riches. Mieux encore, dans les campagnes du Faouët, elle était crainte et respectée car, bien que voleuse, elle s’était faite justicière. Elle n’hésitait pas, par exemple, à corriger régulièrement le tailleur du coin, un violeur notoire, en lui fouettant les fesses à grands coups d’orties. Les petites paysannes pouvaient donc sortir sans crainte au lavoir, au marché, puisque Marion veillait sur elles. Gare à qui enfreindrait les règles de cette figure rebelle dont la rousse chevelure était aux couleurs de l’identité celte.