Le 29 janvier 1886, la voiture à essence de Carl Benz est brevetée. Il baptise son invention Benz Patent-motorwagen Nummer 1 (autrement dit tricycle Benz 1). Il faut imaginer un chariot décapotable à trois roues, deux à l’arrière, une à l’avant, propulsé par un moteur à explosion. Le tricycle Benz 1, qui peut rouler entre 13 et 16 km/h est présenté au public et fabriqué en plusieurs exemplaires. Les ventes ne décollent pas pour autant. La presse n’en voit pas l’utilité, tandis que pour l’Eglise, ce n’est rien d’autre qu’une invention du Diable.
C’est à ce moment-là que Bertha décide de frapper un grand coup.
Son mari est trop frileux pour assurer un bon marketing ? Qu’à cela ne tienne, elle va démontrer au monde que son invention tient la route, au sens propre du terme. Le 05 août 1888 donc, elle quitte Mannheim, prétextant une visite chez sa mère. En fait, elle part au volant de la version n°03 du tricyle, sans rien dire à son mari. Et sans la permission des autorités non plus : seul Carl détient un permis de conduire. Elle embarque leurs fils Richard et Eugen, 13 et 15 ans. Jusqu’alors, la conduite motorisée se limitait à de très courts essais, en boucle, effectuées par des mécaniciens. Bertha Benz va conduire de Mannheim à Pforzheim, soit un record de 106 kilomètres. Elle est déterminée à prouver l’utilité de l’automobile, et à booster les ventes.
Dans sa longue robe boutonnée jusqu’au menton, elle roule avec fierté. Sans carte ni panneaux pour s’orienter, elle avance en se fiant à son intuition. Il faut voir la tête des gens sur le sbords de route, tantôt hostile, tantôt étonnés, qui regardent passer cet engin motorisé. Et conduit par une femme qui plus est ! En chemin, les problèmes se multiplient, mais il en faut plus pour arrêter l’amazone. La voiture ne possède pas de réservoir, son carburateur ne peut contenir que 4.5 litres d’essence…et la station-service n’a pas encore été inventée.